Partager l'article ! Florent Peyre à la Comédie Contrescarpe dresse sa galerie de portraits Humour et énergie !: Voilà un garçon qui mouille sa chemis ...
Voilà un garçon qui mouille sa chemise, au sens
propre comme au figuré. Depuis plus d’un an, Florent Peyre se fait remarquer par ses interprétations atypiques et très physiques sur France 2 et sur la scène de la Comédie Contrescarpe à Paris.
Capable de tout interpréter, le jeune homme créé des personnages hauts en couleur qu’il nous livre dans des sketches savoureux, rendus hilarants sous la plume de Clair Jaz, co-auteur et metteur
en scène. Un cocktail détonnant. Il fallait oser donner la parole à une poule, qui s’insurge en bonne syndiquée plumée : « Non aux œufs de batterie », ou encore « De Niro
niser », pardonnez le jeu de mot, plus caïd qu’Al Capone lui même. La ressemblance est frappante. Le regard déjà, fichtre ! De celui terrifiant du dinosaure, en passant par celui
vitreux du sommelier, ou encore l’œil menaçant du caïd Don Diablo, ou implorant de Mario Bross, fatigué des manettes qui rêve de retraite. Ils sont bigrement bien vus ces regards croisés.
Tout est soigné, épinglé, maitrisé, et paraît si facile. Mais quel travail derrière, même s’il est évident que notre trentenaire est comme touché par la grâce comique. Quelle belle énergie !
Sur la scène de la Comédie Contrescarpe, les sketches sont bien plus trash que ceux créés pour l’émission de Laurent Ruquier, « On ne demande qu’à en rire » sur France 2. Comédien il l’est, assurément, mais on s’est inquiété en tout début de soirée, de ne pas être très accroché. On était pourtant prévenu, par le titre du spectacle « Tout public ou pas ». Florent nous bouscule sans ménagement, nous qui venons d’arriver ! Sans doute veut-il donner le ton, sans tergiverser. Mais le rire se libère, le charisme et le charme du jeune homme opère. Il nous attrape, nous bouscule, sautillant, virevoltant, rapide comme une charge de cavalerie !
Florent Peyre nous montre qu’il est aussi doué dans le gravité que dans la comédie. On se souviendra longtemps de son « film muet en noir et blanc » présenté sur la scène du Moulin Rouge, clin d’œil à « the artist ». Le public gardera encore en mémoire son époustouflante prestation dans « le retour en France des Rugbymen » ou encore son Karl Lagerfeld, son double, à s’y méprendre…pour ne citer que quelques sketches. Le calme revient sur la scène de la contrescarpe. Le visage de Florent jusqu’alors si mobile s’adoucit. Un sourire gentil se dessine, ponctué par deux fossettes. Il a tout donné, et visiblement, il est heureux. Le rideau tombe sur cet incroyable caméléon, dont le capital sympathie n’a sûrement pas fini de s’étendre !
Interview
P.W. : Florent Peyre, est-ce un rêve de toujours de devenir comédien humoriste ?
Florent Peyre : Non, pas vraiment, ça m’a pris assez tard, vers 21 ans. D’abord j’étais dans le sport, et je rêvais plus de compétitions et de jeux olympiques que de scène. Mais je n’ai pas eu la carrière que j’espérais. Je suis tombé amoureux du théâtre très vite ensuite. Dès ma première apparition sur scène, ce fut pour moi la révélation. A ce moment là, c’est devenu un rêve, effectivement. J’étais en sports études à Saint Raphaël depuis 7 ans, et j’ai commencé le théâtre pour avoir un loisir à côté du sport. J’ai commencé à jouer 6 mois après mon premier cours, avec le professeur qui m’avait donné un premier rôle. J’avais de la chance. L’envie de scène ne m’a plus lâché.
PW : Vous n’étiez pas encore dans le registre de l’humour ?
F.P : Non, même si dans les cours de théâtre, je suis arrivé avec un bagage comique, parce que c’est ma nature. Mais souvent, et c’est le cas de tous les gens qui travaillent avec moi, on essaie de m’emmener vers autre chose que l’humour, puisque j’y vais naturellement. La pièce s’appelait « Ohé ! Là-bas de William Saroyan, dans une ambiance un peu à la Tennessee Williams. Donc, pas drôle du tout. De plus, je faisais un violeur en prison.
P.W. : Et maintenant, entre le comédien et l’humoriste, est-ce qu’il y en a un qui prend le dessus ?
F.P. : Non, car ce qu’on s’efforce de faire avec Clair Jaz, tant dans le spectacle que dans l’émission de Laurent Ruquier, c’est de ne pas s’enfermer. On entremêle vraiment les deux, humour, et travail de comédien. Je tiens à ce que l’on voie ce travail là. Etre drôle, c’est le but, le but avoué, mais moi, je rêve aussi de théâtre et de cinéma, au delà de l’humour. Mon mode d’expression, c’est bien sûr l’humour, mais on se permet de créer des personnages et ce n’est pas que de la vanne, comme quelqu’un qui ferait du stand-up. Donc, en ce qui me concerne, je ne dissocie pas les deux.
P.W. : Vous débarquez souvent sur scène avec des sketches très mâles, qui contrastent avec ce personnage minet et maniéré… que vous jouez aussi ! Vous n’aimez pas le tiède ! Vous semblez préférer les forts contrastes non ?
F.P. : (rires) oui ! Peut-être ! Vous avez raison ! De toute façon, pour qu’un personnage ait de la saveur, surtout en one man show, il faut qu’il soit dans l’excès. C’est la chance que l’on a, dans le one man show, contrairement au cinéma ou au théâtre - mais plus encore au cinéma- , c’est que l’on peut faire dans la nuance mais aussi dans la grosse caricature et dans le personnage à la limite de la B.D. et du dessin animé. C’est ce que je m’amuse à faire. Tous les personnages sont assez hauts en couleurs. C’est ce qui est amusant à jouer. Au cinéma, ce serait cent fois trop ! Là, on a cette liberté et j’en joue beaucoup.
P.W. : « Tout public… ou pas ? ». C’est le titre de votre spectacle. Il y avait des enfants dans la salle, qui ne riaient pas forcément de la même chose que nous, adultes !…
F.P. : Certainement. Le spectacle s’appelait comme ça avant l’émission, et le spectacle était plus « ou pas » que « tout public » ! J’avais un humour beaucoup noir et plus trash. Puis, avec le succès de d’ « on ne demande qu’à en rire », l’image que je donnais et les sketches « très grand public » que je faisais c’est devenu davantage « tout public » ; toujours acide, mais moins qu’avant !
P.W. : Vous paraissez très à l’aise, très libre sur scène. Vous nous faites oublier tout le travail qu’il y a derrière. Vous ne démentez pas, vous êtes un gros bosseur et vous continuez à beaucoup préparer ?
F.P. : Ah oui ! Je travaille beaucoup. Clair a déjà fait une belle carrière et elle est comme moi, c’est une grande travailleuse. On est dans une telle osmose artistique et humaine. On écrit à deux mais c’est comme si on était un. Tous les deux, on ne se calme jamais en fait ! De toute façon, il n’y a pas de secret, et je ne suis pas une exception. J’adore Jacques Brel, et je pense à une phrase qu’il a prononcée lors d’une interview à la radio. Lui, qui avait tellement de talent affirmait : « Écrire, c’est 10% d’inspiration et 90% de transpiration. » Cela prouve bien que personne n’y arrive sans travailler, même la personne la plus douée du monde. On peut avoir des facilités, du talent, mais ce n’est pas possible autrement qu’en bossant. Moi je suis un laborieux, je viens du sport, aussi, il faut que ça travaille, que ça transpire…
P.W. : Est ce que vous ressentez de la pression par rapport à l’émission de Laurent Ruquier ? Car vous y êtes pensionnaire et vous devez produire régulièrement des sketches sur un thème qu’on vous impose.
F.P. : Ca dépend en fait. Il y a des jours où c’est difficile. Cette semaine d’enregistrement était pesante. La création s’est faite dans la douleur ; il faut écrire et répéter rapidement et c’est stressant, fatigant, parce qu’on est également tous les soirs au théâtre. Mais attention, on n’est quand même pas à la mine ! Mais c’est vrai aussi, - je parle de la télé - que le doute existe. On va écrire un sketch vite, qu’on se joue à deux, sans public, sans savoir comment celui-ci va réagir. Maintenant, si on rit, il y a des chances qu’il suive… Par ailleurs, dans l’humour, la réponse est immédiate. Ça rit ou ça ne rit pas ! Ce métier-là nous amène à douter, car même si on est sur une vague de succès sur une longue période, il y a toujours un moment où l’on prend un revers qui nous rappelle qu’effectivement, ce n’est jamais gagné. On est obligé de se remettre en question.
P.W. : La scène est petite, vous qui bougez beaucoup, vous ne vous sentez pas un peu à l’étroit ?
F.P. : C’est vrai qu’avec le succès de l’émission et le succès du spectacle, pas encore à Paris, mais en gala en province, j’ai pu faire des salles plus grandes. C’est autre chose en fait. Ce sont deux spectacles différents. À la Contrescarpe, il y a cette proximité, cette chaleur, on a les gens avec nous, très proches. Sur une scène plus grande, le spectacle prend de l’ampleur, on joue des choses qu’on n’avait pas l’habitude de jouer, on est même plus puissant ! Mais il y a du plaisir dans les deux.
P.W. : Vous avez envie de créer quels personnages ?
F.P. : Je suis arrivé dans l’émission avec certains personnages que j’avais déjà travaillés, mais maintenant, je n’ai même pas le temps d’y penser. On en créé tellement. J’ai fait Lagerfeld pour les besoins du thème imposé, mais ça ne m’était pas venu à l’idée auparavant et je ne savais pas que j’étais capable de l’imiter. Je l’ai travaillé pour l’occasion. Au cinéma oui, j’ai des envies de pleins de choses : je suis très attiré par la folie, cela se voit aussi dans mon spectacle ! Si j’avais la chance un jour de jouer un rôle d’allumé ou un tueur en série, un vrai psychopathe… J’aimerais aller explorer la folie !
Propos recueillis par Pétra Wauters
« Tout public au pas » prolongé à la comédie contrescarpe. 5 rue Blainville – 75005 Paris Du mercredi au samedi à 20 h
info et réservations 01 43 26 25 60
www.comedie-contrescarpe.co
quelques dates de tournées
- les 17 et 18 janvier au 3T de toulouse
- les 19 avril à Vizille (38)
- le 20 avril à st quentin fallavier
- les 30 et 31 mai à l'entrepot de Mulhouse
- du 6 au 28 juillet au Festival Off d'Avignon
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