Exposition EDVARD MUNCH ou l’ANTI-CRI Du 19 février au 18 juillet 2010 à la Pinacothèque

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Le cri passé sous silence…
Vous qui connaissez principalement Edvard Munch (1863 -1944) à travers « le cri », vous ne trouverez pas exposé à la Pinacothèque de Paris, ce célèbre tableau. Marc Restellini, Directeur de la Pinacothèque le clame haut et fort : « Le cri » a pollué en quelque sorte la vie et l’œuvre de l’artiste.
« L’idée de l’exposition était de monter au public, tous les aspects d’avant garde, et aller au-delà du cri, qui n’est qu’une infime partie  de l’œuvre de l’artiste. »  Mais  au fur et  à mesure que l’exposition se mettait en place dans la recherche des divers tableaux, « Le cri » revenait sans cesse dans toutes  les questions, comme un Leitmotiv exaspérant. « Nous avons réellement pris conscience que cette œuvre occultait tout le reste… » Le public, qui ne serait venu que pour ce tableau, - (qui annonce la naissance d’une esthétique anti-académique : l’expressionnisme) assurément  viendra pour Munch et découvrira de manière exacte cet artiste norvégien. De plus, « Le cri » aurait passé sous silence le travail accompli lors de cette exposition et Dieter Buchhart (spécialiste de l’oeuvre de Munch et commissaire de l’exposition) ne s’y est pas trompé.
Collections privées pour un autre regard sur l’artiste.
Prise de risque sans doute, et voilà qui rend l’exposition plus intéressante encore, les œuvres proviennent de collections privées. Munch, qui n’était pas exposé à Paris depuis 20 ans, se découvre à travers des toiles que l’on ne voit jamais. Selon le directeur, cette présentation de l’œuvre de Munch reste dans la logique du projet. L’artiste avait un rapport à ses œuvres  assez singulier.  Il les considérait comme des enfants, engendrés dans la douleur. À une période de sa vie, l’artiste appliquait « Le traitement de cheval », c’est ainsi que l’on nomme cette technique « révolutionnaire » pour l’époque, qui consiste à faire intervenir dans l’acte de création des éléments « extérieurs ». Entrait en jeu le facteur « temps », qui fascine encore tant d’artistes, mais qui n’était pas sans risque.  Munch, les genoux dans la neige, ses tableaux éparpillés autour de lui, cette scène se répétait et certains tableaux restaient jusqu’à 6 mois dehors.  Il laissait à la nature le soin de « finir » ses œuvres. Face à l’Imprévisible, à l’accidentel,  la toile se convertit en un lieu d’expérimentation. « Le Tronc jaune » (pluie) ; « Puberté » (soleil, neige, pluie, fientes)/ Deux Garçons sur la plage/Frolich (trous d'aiguilles visibles un peu partout) « arbres se découpant sur la neige », ou encore « La maison rouge ».  Après la mise à l’épreuve et une fois l’œuvre jugée « aboutie », Munch souhaitait lui assurer « un avenir » serein et digne, allant jusqu’à refuser de vendre ses tableaux à des gens qu’il ne connaissait pas.
Expressionniste ?
Il est clair, au fil de la visite, que l’impressionnisme n’a pas marqué Munch, même si, on pourrait, « Dans la Seine à Saint Cloud », datant de 1890, ou encore dans  « Jour ensoleillé à Nice » de 1891, y voir quelques filiations. Le jeune homme inonde la toile des lumières qui lui sont peu habituelles créant des « impressions » fortes.  Si l’on peut certes trouver d’autres références, symbolistes, fauvistes, expressionnistes, beaucoup admettront qu’il était inclassable. Toutefois, bon nombre d’oeuvres sont fortement expressionnistes, en ce sens où elles traduisent les sentiments de l’artiste face à la société. Inquiétudes portées à un incroyable degré de tension.  On songe à «la table de roulette » gravure de 1903.
La guerre, les angoisses, le passé douloureux, la souffrance, la maladie, (sa mère comme sa sœur sont mortes de la tuberculose) les rapports amoureux, la jalousie sont autant de thèmes récurrents.
L’artiste surprend. Il intègrera photos et films muets dans son œuvre. Une manière expérimentale, s’il en est, à cette époque. Certes, d’autres artistes aussi se sont dépassés, ont prit de l’avance sur leur époque (on songe à Turner, actuellement présenté au Grand Palais et à bien d’autres…Combien de précurseurs de la modernité ?!  ) Munch aussi saura se détacher des conventions et mouvements du passé. Ce n’est cependant pas cette rupture que l’on retiendra de l’exposition. Quelques toiles sont sereines, colorées, jouant sur la forme de façon adoucie et rassérénées  contrairement aux clichés qui poursuivent l’artiste. D’autres encore nous bousculent…
Le silence
On s’étonne cependant devant sa toile, « l’instant de mort » d’une incroyable immobilité, faite de silence. Le silence encore dans « cette nuit d’hiver », ou encore « Vêtements étendus à Asgardstrand » sans le souffle du vent.  Calme pesant encore dans cette « nuit d’été à Studenterlunden » ou « les solitaires » deux personnes silencieuses, éloignées l’une de l’autre ;  pas un bruit dans « le baiser », de 1895,  une version superbe de cette œuvre fort connue.  Liés par le silence, deux êtres sans bouche, dans « attraction 1 » datée de 1896. En revanche, en tendant l’oreille, on perçoit les sanglots étouffés de ce « nu pleurant » d’une formidable expressivité. Silence, solitude, mais on pourrait évoquer également, une  douleur sourde et muette…

Pétra Wauters

Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine
75008 Paris

Ouverture du musée tous les jours de 10h30 à 18h.
(fermeture des caisses à 17h15)
Samedi 1er mai 2010 et mercredi 14 juillet 2010, ouverture de 14h à 18h. (fermeture des caisses à 17h15).
Les nocturnes
tous les mercredis jusqu’à 21h (à l'exception du 14 juillet)
(fermeture de la billetterie à 20h15).


Durant les nocturnes, le service des publics organise des activités culturelles : Table-ronde, lectures, débats, projections de films, autant de propositions qui sont une façon de découvrir autrement les expositions.

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