Partager l'article ! Cézanne et Paris : 80 œuvres à découvrir ou redécouvrir jusqu'au 26/02/2012: « La modernité de Céz ...
« La modernité de Cézanne n’est pas dans ce qu’il représente, elle est dans sa peinture » commente Maryline Assante di Panzillo,
Conservateur du patrimoine au petit Palais, commissaire de l’exposition avec Denis Coutagne, Président de la société Paul Cézanne.
Cézanne, l’Aixois, son atelier des Lauves, d’où il partait peindre sur le motif sa Sainte Victoire, les carrières de Bibemus, la maison d’enfance, la bastide du Jas, route de Galice, le cours Mirabeau assidûment fréquenté … C’est bien à Aix, « sur les pas de Cézanne », que l'on ressent avec le plus d'intensité la présence du peintre…
Oui mais, Cézanne a aussi Paris dans son cœur. Il fera le voyage entre Aix et la capitale plus de vingt fois dans sa vie. C’est dire s’il avait besoin de la ville. Déjà pour rejoindre Zola, en 1861, son ami d’enfance, Aixois tout comme lui. Il souhaite devenir peintre et Zola, l’écrivain, l’y encourage et le soutien. Cela se fera contre la volonté du père de Cézanne, qui le voyait banquier - Il commencera des études de droit sans enthousiasme - Dans la capitale, il rencontrera des artistes, Pissaro, Guillaumin, étudiera les traditions anciennes, au Louvre, participera au mouvement impressionniste, sans vraiment y adhérer. Il n’aura pas vraiment un lieu à lui à Paris, « un centre de gravité parisien » qui deviendrait sa demeure. Il garde « sa Provence ». Paris n’est pas non plus la ville qu’il va peindre comme telle. Pas de gare saint Lazare, pas de grands boulevards.
Paris correspond à un lieu, mais également à une réalité culturelle, intellectuelle. Cézanne a peint la ville, sans en peindre l’activité urbaine. Son Paris est parfois triste, en souffrance. On découvre sa « Halle au vin. » Il habitait juste en face. Il revient de Provence, où il s’était protégé de la guerre et de la Commune. Le tableau garde de cette tristesse et de cette difficulté de vivre à Paris à cette époque-là. Par ailleurs, Cézanne vient d’avoir son fils et l’appartement est petit et bruyant.
Un tableau essentiel de l’exposition, d’une force picturale indéniable, « les toits de Paris ». Il représente une des rares vues
synthétiques de Cézanne qui regarde la ville. Un toit de zinc prend la moitié du tableau, traité de façon abstraite. Des lignes obliques et régulières donnent un côté moderne à la toile. Il faut
savoir qu’il vient de lire « l’Assommoir » de Zola, et l’on se souvient de Coupeau, ouvrier zingueur, qui, travaillant sur les toits fait une chute. Peut-être peut on voir dans la toile
un écho au roman ?
Cézanne reprend ce thème, abordé par d’autres peintres qui montreront la scène. Lui ne peint pas Coupeau et personne n’est aux fenêtres. Il n’y a d’ailleurs jamais personne dans ses toiles, comme si l’humanité s’était retirée. Nous ne sommes pas dans la figuration narrative. On ne raconte pas d’histoire chez Cézanne.
Cézanne est sobre, rigoureux, intemporel, même si l’on peut identifier des lieux. Quand on compare le tableau sur le même thème d’Armand Guillaumin, « les quais de Bercy » que Cézanne a repris, pour ne pas dire copié, on comprend mieux les intentions des deux peintres et l’enjeu surtout de la peinture de Cézanne. Guillaumin, grand initiateur de l’impressionnisme, recherche la fluidité de l’eau, le côté vaporeux des nuages, le mouvement des personnages qui travaillent, la vibration de l’air, de l’eau.
Cézanne, quant à lui, structure, construit, solidifie, maçonne la peinture ; ses nuages sont inamovibles et l’on n’est absolument pas dans le même registre. C’est intéressant de mettre ses deux toiles en parallèle pour bien comprendre la suite de l’exposition. Cézanne « veut faire de l’impressionnisme une chose solide et durable comme l’art des musées ». A l’issue de la visite, on comprend davantage encore, si besoin était, que Le Paris de Cézanne n’est pas un passage obligé pour obtenir une reconnaissance, une légitimité. Alors qu’il connaît le succès, qu’il a rencontré marchands et collectionneurs tout acquis à son art, Cézanne revient et peint encore en Ile de France.
On aime encore ses tableaux des bords de la Marne, Giverny, Fontainebleau…
On revoit avec plaisir sa « Maison du Pendu, Auvers sur Oise » ou encore l’étrange « Pont de Maincy ». On découvre encore des portraits sublimes, d’Ambroise Vollard, galeriste, personnage central dans la réussite de l’artiste, ou « Victor Chocquet, assis », l’un des premiers également à reconnaître l’œuvre de Cézanne. On n’oubliera pas davantage cet « autoportrait de l’artiste’, qui le montre bourru, au caractère bien trempé. On parcourant les salles du Musée, on entendrait presque Cézanne nous interpeler pour revendiquer haut et fort sa Modernité !
À travers cette exposition, la démarche artistique du peintre est plus que jamais lumineuse.
Pétra wauters
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard
75006 Paris
Tél. : 01 40 13 62 00
Le musée est ouvert tous les jours aux horaires suivants :
En période de vacances scolaires, le musée sera ouvert tous les jours de 9h à 22h.
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