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Publié par Manuela MARIE

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C’est avec beaucoup d’émotion que nous apprenons le décès de Louis Bril, artiste et héros triellois le 2 mai 2013.

Avec l’aimable autorisation du rédacteur , nous reproduisons l’article paru dans les »Triel Info n°114 et 115 à la rubrique « si Triel m’était conté... ». Cet article avait été rédigé à partir du témoignage de Louis BRIL qui fût un de nos derniers S.A.S de la seconde guerre mondiale présent au débarquement.
Une page d'histoire se tourne mais la France sait ce qu'elle doit à des hommes comme celui-là. Ne l'oublions jamais.



 

Un héros de la Seconde guerre mondiale… Louis BRIL

 Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, quelques heures avant le débarquement sur les plages de Normandie, plusieurs commandos de parachutistes sont largués en Vendée et en Bretagne. Sur leur battle-dress et leur béret noir, ni grades, ni signes distinctifs. Ces soldats de l’ombre sont pourtant l’élite de l’élite et l’ennemi va devoir compter avec ces hommes hors du commun qui vont leur porter de nombreux coups, là où on les attend le moins. Ce sont des SAS (Spécial Air service). Pour effectuer leur mission, ils ont été parachutés derrière les lignes ennemies, afin de réaliser des sabotages, des embuscades et harceler les troupes allemandes qui tentent dans un premier temps de rejoindre le front de Normandie, puis ensuite ils doivent se replier vers le nord-est. Les SAS sont également chargés d’organiser la résistance, d’armer et d’instruire les résistants des maquis. Par leurs actions, les parachutistes français doivent donc faciliter la progression des alliés et accélérer la libération de la France. Largués à 200m du sol d’un avion volant quasiment en rase-mottes, pour ne pas être repérés (exercice extrêmement risqué), les SAS sont légèrement armés (pistolet-mitrailleur, couteau, pistolet automatique et un sac rempli d’explosifs et de grenades pendu à leurs pieds (le kit-bag) qu’ils lâchent à quelques mètres du sol, juste avant de toucher la terre ferme). Ils ne se trouvent donc pas en mesure de livrer une bataille rangée, ce n’est pas leur rôle. Conformément à leur formation, ils doivent s’en tenir à la méthode du « Hit and Run « (Frapper fort par surprise et se fondre dans la nature). On dira d’eux: la force du lion, la tanière du loup.

Louis-Bril-et-Roger-Prevost-le-11-novembre-2011.jpgDans le cadre des opérations de libération de la France, des SAS sont parachutés par petits groupes en Bretagne et depuis la Vendée jusqu’au Doubs. Les deux bataillons SAS français ont un rôle très important dans le soutien et la bonne réalisation des opérations de débarquement.

Des deux côtés, pas de quartier, pas de prisonniers. Considérés par l’occupant comme des terroristes dangereux et par le régime de Vichy comme des déserteurs, ils savent que s’ils sont pris, ils seront fusillés. Parmi eux un homme que les Triellois connaissent bien : Louis BRIL.

Voici résumée son histoire : Nous sommes en 1942. L’appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940 a été entendu et la résistance s’organise tant bien que mal. Les alliés envisagent un débarquement pour libérer le pays. Louis BRI L âgé de 19 ans n’accepte pas la présence de l’occupant et décide de rejoindre la résistance au maquis. Il tente de franchir la ligne de démarcation, mais il est arrêté. Il parvient tout de même à s’évader. Au prix d’énormes difficultés, il traverse les Pyrénées en décembre (froid, neige et manque de nourriture). Malheureusement, il est de nouveau arrêté et interné en Espagne par le régime Franquiste dans de sinistres prisons, à Figueras, puis à Gérona et Caldas Malavella. Enfin, libéré en juillet 1943, il parvient à rejoindre l’Afrique du Nord en bateau en passant par le Portugal et Gibraltar. Durant cette période, à deux reprises déjà, il frôlera la mort (intoxication alimentaire grave et septicémie aux pieds). A Casablanca, il s’engage dans les FFL (forces françaises libres). En décembre 1943, un bataillon est constitué. Louis est alors conduit à Portsmouth en Angleterre. Après un interrogatoire musclé et une mise en quarantaine forcée (les Britanniques se méfient des espions), il peut enfin s’engager aux côtés des troupes Britanniques dans les parachutistes des Forces Armées Françaises libres (FAFL). Il est ensuite affecté dans un bataillon d’élite des SAS. En Angleterre comme en Ecosse, il va subir l’entrainement difficile des forces spéciales, durant lequel il sera gravement blessé, son parachute s’étant mis en torche. Mais Louis est un dur et il en faut plus que cela pour saper son moral. A peine guéri, il rejoint son unité et passera un brevet d’opérateur radio-graphiste (alphabet morse). Au mois de juin, le 3ème Bataillon SAS se trouve au camp de Darvel, près de Kilmarnock, dans l’attente de passer à l’action. Dans cette attente, plusieurs éléments sont détachés auprès des unités SAS britanniques et belges pour des missions où ils peuvent apporter leurs connaissances. Pour les autres, les jours semblent particulièrement longs. Les hommes sont fin prêts et ont hâte d’en découdre. Souvent, les missions aéroportées sont annulées et il faut revenir au point de départ. C’est désespérant mais nécessaire à une mise en situation réelle, mais aussi mais aussi pour leurrer l’ennemi.

  

Le 5 juin enfin, c’est la veille du jour J. Louis saute de nuit avec son groupe dans l’arrière-pays Vendéen. Des maquisards les attendent. Premier contact avec les soldats de l’ombre, premières angoisses. Ami ou ennemi, milicien qui sait? Un let-motiv : Méfiance et prudence. L’heure n’est pas aux états d’âme, il faut foncer coûte que coûte. D’autres missions vont suivre sans interruption.

Fin juillet 1944, l’état-major décide de disséminer les sticks du 3ème SAS de la Vendée à la vallée du Rhône afin de harceler les unités allemandes qui remontent vers le nordest. Aussitôt, les équipes désignées rejoignent, au fur et à mesure des besoins, le camp de Fairford.

Du samedi 12 août au lundi 4 septembre 1944, dans le cadre des missions Harrod et Barker, le 3ème SAS est chargé de harceler les convois ennemis et saboter les différentes voies de communication le long de la RN 6 et de la RN 74 qui sont deux axes indispensables aux troupes allemandes dans leur tentative de repli vers Dijon et Autun. Ces opérations doivent avoir lieu conjointement avec le débarquement de Provence. Vu l’importance de la mission qui incombe à ses hommes, le capitaine Château-Jobert, alias «Conan» dirige lui-même l’opération Harrod. Les éléments du «squadron» de commandement doivent opérer sur la RN 74 entre Paray-le-Monial et Montceau-les-Mines. Pour sa part, le groupe Baker (Lt. Rouan) va opérer sur la RN 6 entre Mâcon et Chalon. Dans la nuit du 9 août, l’avion qui transporte le Lt. Rouan et son stick est abattu en mer. Il faut immédiatement improviser. Finalement, le Lt. Colcombet prend le commandement de Barker. Les parachutistes du 3ème SAS sont pour leur majorité, parachutés dans la nuit du 12 au 13 août sur des terrains à proximité de Salornay-sur-Guye et Savigny-sur-Grosne. Ils arrivent sur le terrain deux jours seulement avant le débarquement de Provence. Il n’y a donc pas de temps à perdre pour préparer et reconnaître les lieux. Aussitôt, le capitaine Conan installe son PC à La Vineuse, au sud de Salornay, et prend contact avec la résistance locale. Les zones d’opération sont distribuées et des SAS sont détachés aux différents bataillons de maquisards.

De nouveau parachuté dans la nuit du 12 au 13 août, Louis BRIL et son stick sont détournés par les maquisards FTP qui craignent une embuscade. Les SAS tombent alors près de Fley. Dirigés sur le château de la Valette, ils rejoignent ensuite le PC des maquisards FTP au château de La Rochette et opèrent ensemble au nord-ouest. Le capitaine Conan installe son PC à La Vineuse. Aussitôt, il affecte ses hommes du «squadron» de commandement à différents bataillons de maquisards. Le stick «sabotage» de l’aspirant Akar opère sur la Nationale 74 avec des éléments du 2e Bataillon du Charollais. Le capitaine Boissonnas et Jean Waitzmann rejoignent le maquis de Corlay. Le stick Florentin opère près de Saint-Gengoux. Ainsi, sans prendre de pause, de mission en mission, Louis Bril va être engagé dans un certain nombre de coups de mains audacieux contre l’ennemi. Son parcours depuis la Vendée et la Saône et Loire sera émaillé jusqu’en Allemagne d’actions d’éclat où son stick, comme tous les autres SAS d’ailleurs, va se couvrir de gloire. Certains d’entre eux seront faits Compagnons de la Libération. Leur rôle dans la libération de la France a été sans conteste déterminant, mais les SAS ont payé un lourd tribu à la guerre. Sur un millier d’hommes au départ, moins de 200 reviendront en vie des combats.

La dernière mission de Louis BRIL a lieu en territoire ennemi. De nuit, son commando de 7 hommes envoyé en avant-garde pour préparer l’invasion alliée, traverse la Ruhr en radeau et s’enfonce en Allemagne. Là, avec le «culot» qui le caractérise, son groupe SAS neutralise les sentinelles et se rend maître de dizaines d’Allemands réfugiés dans une mine. Rien ne les arrête. Ils feront même prisonnier un Gauleiter caché là (une personnalité régionale). Mais ils vont faire plus fort encore. Sachant que les alliés vont bombarder toute une vallée où se trouve un camp de prisonniers, ils parviendront à faire retarder l’attaque et libérer le camp avant l’arrivée des avions, sauvant ainsi nos soldats et leurs compagnons de captivité d’une mort certaine. Il suffit de voir la ville de Dresde à la fin de la guerre pour se rendre compte de la puissance des bombardements à cette période.

En juin 1945, Louis est démobilisé avec le grade de S/ Lieutenant. Très affaibli par les nuits sans sommeil, les conditions de vie spartiates, les déplacements incessants et les maigres repas, il est accueilli dans un hôpital Français qui le remettra sur pieds. Après toutes ces années de lutte, c’est enfin l’heure du bilan et le soldat Louis peut légitimement être fier du devoir accompli. Il a tenu parole et bouté l’ennemi jusqu’en Allemagne, le but qu’il s’était fixé.

De retour à la vie civile, Louis BRIL s’adonne à une nouvelle passion, la peinture où il excelle. On peut admirer certaines de ses toiles dans la salle des mariages de la villa SENET à TRIEL. Il est aussi le fondateur de l’Association des peintres des Triel et son canton (exposition Grelbin). L’épopée des SAS est bien loin maintenant, mais Louis BRIL n’a pas oublié. Fidèle à son engagement, malgré son grand âge, il est présent à toutes nos cérémonies patriotiques de TRIEL

Récit recueilli pour l’UNC par J. RAFTON le 17 mai 2011

 

Créateur de l'académie des Beaux Arts de Triel, si sa santé ne lui permettait plus d’y rester longtemps, il ne manquait jamais d’y passer pour décerner son prix à une des œuvres exposée avec un regard toujours assuré.

 

7-avril-2013-Louis-Bril-devant-sa-toile-restauree.jpgIl est venu très récemment saluer à la salle Guy de Maupassant la toile d’Alfred Petit  qu’il avait patiemment restauré après qu’elle ai été partiellement détruite par des vandales. Alors que je lui posais la question sur le nombre d’heures passé pour  obtenir le magnifique résultat que nous pouvons tous admirer aujourd’hui il me répondit « Madame, l’art ne se compte pas en heure, seul le résultat compte »

 

Aux-Arts-en-Seine--avec-sa-femme-discutant-avec-une-colegu.jpg 

 

Au revoir Monsieur Bril, vous êtes un grand homme dans tous les sens du terme. Debout, jusqu’au bout !

Nous adressons à sa famille et à ses amis nos plus sincères condoléances. Pensez surtout à la chance que vous avez eue de connaître ce Monsieur.

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Tétard Christian 03/05/2013 11:25


Madeleine et moi-même sommes très touchés par cette disparition. Nous avions beaucoup de respect pour cet homme. Nous souhaitons beaucoup de courage pour son épouse